Jusqu’ici la route a capté l’essentiel de la croissance du volume de transport. En attendant une politique volontariste de report modal…
L’avantage environnemental Facteur 4 ! La France soutient l’objectif de diviser par 2 les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2050, ce qui revient à diviser ses propres émissions par 4. Le secteur des transports est en première ligne avec 35 % des émissions de gaz à effet de serre du pays et 27 % des émissions de CO2. La voiture particulière représente plus de 40 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur et le trafic automobile ne cesse d’augmenter. Il se taille la part du lion dans les déplacements urbains, dont les transports en commun n’ont que 8 à 10 %.
Jusqu’ici la France a projeté au mieux une stabilisation de la part de marché du ferroviaire, et l’Europe a misé sur le progrès technologique automobile. Le rapport de l’Agence européenne pour l’environnement de février 2007 revient pour la première fois sur la capacité de ces progrès à résoudre seuls le problème des émissions. Il évoque la révision à moyen terme du Livre blanc* de 2001 sur les transports. L’Europe serait-elle prête à prendre des mesures concernant les volumes de transport ?
* Le Livre Blanc définit la politique européenne des transports à l’horizon 2010 : objectifs et mesures prioritaires.
Voyageurs : part du ferroviaire x 2 Courte ou longue distance, l’objectif est ambitieux, mais réaliste. À la SNCF d’assumer sa part de défi.
Elle augmente la vitesse pour réduire les temps de parcours. Elle développe l’intermodalité en connectant les TGV aux trains régionaux et en transformant les gares en pôles intermodaux. Elle renforce l’attractivité de la tarification en généralisant les cartes multimodales par zone pour le transport quotidien et en multipliant les petits prix sur le TGV pour le rendre accessible à tous.
Le transfert de la route vers le fer passe par d’autres mesures volontaristes d’ordre politique.
Pour le transport de proximité, citons la prise en charge partielle du coût des abonnements par les employeurs à l’image de ce qui se pratique en Ile-de-France et la création de péages urbains pour faire supporter à la voiture le coût des nuisances qu’elle engendre.
Pour la grande vitesse, deux mesures phares seront décisives. Jouer la complémentarité air/fer en réservant l’aérien là où l’alternative TGV n’existe pas. Accélérer la construction du réseau européen à grande vitesse qui devrait tripler d’ici 2020 pour atteindre les 15 000 km grâce au soutien de l’Union européenne.
Place au fret ferroviaire Ses atouts environnementaux sont considérables : une efficacité énergétique plus de 15 fois supérieure à celle des poids lourds et des émissions de CO2 60 fois inférieures. Mais la part du fret affiche un recul continu ces 20 dernières années en France, où il ne représente que 12 % du trafic de marchandises, comme partout en Europe.
La dimension du fret est nécessairement européenne et sa politique aussi. Effacer “l’effet frontières”, c’est l’enjeu. Cela veut dire créer des grands corridors de fret et favoriser la massification des flux. En commençant par les points noirs de la carte du Fret, les ports engorgés et les transits alpin et pyrénéen saturés, et en stimulant le transport de poids lourds par des convois de type autoroute ferroviaire.
Financer et arbitrer Le soutien de l’Europe au développement des infrastructures et des outils d’interopérabilité sera décisif. Certaines sources de financement sont toutes trouvées : la mise en œuvre de la directive Eurovignette, taxe spécifique sur les poids lourds de plus de 3,5 tonnes, et la taxation du kérosène utilisé par les compagnies aériennes (jusqu’ici totalement exempté de fiscalité).
Créer une concurrence équitable entre les modes est la clé de la réussite du report modal. Elle passe par des outils de régulation, des péages aux contingentements routiers en passant par les quotas d’émissions de CO2, qui n’ont qu’un but : intégrer le coût environnemental pour la collectivité dans le prix supporté par le client final. Et là, le mode ferroviaire révélera son meilleur avantage concurrentiel.